Frais d'interchange : la bataille européenne, dix ans après

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Schéma des frais d'interchange : la banque du commerçant verse une commission à la banque de l'acheteur, plafonnée à 0,2 % pour le débit et 0,3 % pour le crédit

Vous n'en entendez jamais parler, et pourtant elle se joue à chacun de vos paiements par carte : la commission d'interchange. En 2015, l'Union européenne l'a plafonnée. Dix ans plus tard, on peut faire le bilan — et cette mesure explique en partie pourquoi les cartes gratuites et les néobanques ont pu exister.

Qu'est-ce que l'interchange ?

À chaque paiement, la banque du commerçant verse une petite commission à la banque qui a émis votre carte : c'est l'interchange. Le commerçant ne la voit pas directement (elle est incluse dans ses frais d'encaissement), et vous encore moins. Elle variait fortement d'un pays à l'autre et d'une carte à l'autre — au point que la Commission européenne l'a jugée opaque et anticoncurrentielle.

Le plafond de 2015, toujours en vigueur

Le règlement européen (UE) 2015/751 a fixé des plafonds, appliqués depuis fin 2015 et stables depuis :

  • 0,2 % du montant pour les paiements par carte de débit ;
  • 0,3 % pour les paiements par carte de crédit ;
  • exception : les cartes « affaires » de type American Express ou Diners n'y sont pas soumises.

Avant la réforme, certains pays européens dépassaient 1 à 2 %. Le plafond a donc représenté une baisse considérable des commissions encaissées par les banques émettrices.

Ce que le plafond a vraiment changé

Le débat de 2015 opposait deux prédictions. Les défenseurs promettaient une baisse des prix en magasin ; les critiques prévenaient que les banques compenseraient la perte par d'autres frais aux particuliers. Avec le recul :

  • côté commerçants, la baisse des frais d'encaissement a bien eu lieu, sans qu'on puisse tracer une répercussion nette sur les étiquettes ;
  • côté banques, la perte de revenus d'interchange a poussé à facturer ailleurs (tenue de compte, cotisations) — une tendance réelle, même si elle n'est pas imputable à ce seul facteur ;
  • côté innovation, c'est l'effet le plus intéressant : un interchange prévisible et harmonisé a facilité l'arrivée de nouveaux acteurs paneuropéens. Les néobanques et émetteurs de cartes prépayées qui offrent une carte « gratuite » vivent d'un modèle où chaque transaction rapporte un interchange modeste mais garanti — un modèle rendu viable précisément par ce cadre.

Ce qu'il faut en retenir

L'interchange plafonné est l'une de ces règles invisibles qui structurent le marché : elle n'a pas fait baisser les prix comme espéré, mais elle a assaini et ouvert le secteur des paiements — au bénéfice des cartes gratuites et des comptes sans banque que nous comparons dans notre comparatif.

Sources : règlement (UE) 2015/751 sur les commissions d'interchange, Commission européenne (communiqués), Banque de France.

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