Banques d'investissement : comment fonctionnent-elles ?

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Les trois métiers d'une banque de financement et d'investissement : conseil en fusions-acquisitions, financement des entreprises, activités de marché — et la séparation d'avec la banque de détail

Une banque de financement et d'investissement (BFI) ne tient pas de comptes courants, ne distribue pas de cartes bancaires et n'a pas d'agences. Ses clients sont des entreprises, des institutionnels et des États. Voici ce qu'elle fait réellement.

Trois métiers, pas un

1. Le conseil. Accompagner une entreprise dans une fusion, une acquisition ou une cession : valorisation, recherche de contrepartie, structuration, négociation. La banque est rémunérée par des honoraires, souvent indexés sur la réalisation de l'opération. C'est le métier historiquement appelé « banque d'affaires ».

2. Le financement. Organiser la levée de ressources : augmentation de capital, introduction en bourse, émission obligataire, crédits syndiqués montés avec plusieurs banques. La BFI structure l'opération, la place auprès d'investisseurs et en garantit parfois le placement.

(Notre version d'origine parlait d'« emprunts obligatoires » : il fallait lire emprunts obligataires, c'est-à-dire des titres de dette.)

3. Les activités de marché. Intermédier sur les marchés financiers et de change : exécuter les ordres des clients, tenir le marché en affichant des prix à l'achat et à la vente, et concevoir des produits de couverture — contre le risque de change, de taux ou de matières premières. Pour une entreprise qui facture en dollars, cette couverture n'est pas de la spéculation : c'est de la gestion de risque.

La correction principale

Notre texte d'origine décrivait les activités de marché comme des « prises de risque souvent excessives et mal contrôlées », et expliquait leur rentabilité par le fait que « tout le monde y a cru dès le début ». Ces formulations ne décrivent rien de vérifiable et ont été retirées.

La réalité est plus simple : la rentabilité de ces métiers vient de volumes considérables sur des marges unitaires faibles, de la rémunération du risque effectivement porté, et d'un besoin réel des entreprises — se financer et se couvrir. Elle est aussi très cyclique : les revenus de marché s'effondrent quand l'activité se tarit, et les résultats trimestriels des grands groupes le montrent régulièrement.

Banque d'investissement et banque d'affaires : la vraie distinction

L'usage français les confond souvent. La distinction utile :

Banque d'affaires Banque d'investissement (BFI)
Cœur Conseil et finance d'entreprise Conseil + financement + marchés
Rémunération Honoraires Honoraires, commissions de placement, revenus de marché
Bilan mobilisé Faible Important

En pratique, les grands groupes exercent les deux. Les boutiques de conseil indépendantes, elles, se cantonnent au premier métier — c'est même leur argument commercial : ne pas être en situation de conflit d'intérêts avec une activité de financement.

Ce que la loi a séparé en France

Point absent de notre version d'origine, et pourtant central. La loi du 26 juillet 2013 de séparation et de régulation des activités bancaires oblige les groupes français à loger dans une filiale dédiée, financée séparément, les activités de marché réalisées pour compte propre — c'est-à-dire les paris de la banque pour elle-même.

Restent dans la banque les activités menées pour le compte des clients : tenue de marché, couverture, financement. L'objectif est explicite : que les dépôts des particuliers, garantis à hauteur de 100 000 €, ne financent pas la spéculation directionnelle du groupe.

Des dispositifs comparables existent ailleurs — la règle Volcker aux États-Unis, le ring-fencing britannique. Aucun ne va aussi loin que le Glass-Steagall Act américain de 1933, qui séparait strictement banque de dépôt et banque d'investissement, et qui a été abrogé en 1999.

Pourquoi ça vous concerne

Directement, peu : vous ne serez jamais client d'une BFI. Indirectement, beaucoup — c'est là que se joue le financement des entreprises qui vous emploient, et c'est de ces métiers que viennent les chocs qui se propagent ensuite au crédit et à l'épargne.

Voir aussi comment les banques gagnent de l'argent et les activités de la banque.

Sources : loi n° 2013-672 du 26 juillet 2013 de séparation et de régulation des activités bancaires ; Fonds de garantie des dépôts et de résolution (plafond de 100 000 €) ; Glass-Steagall Act (1933) et son abrogation par le Gramm-Leach-Bliley Act (1999).

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